EDGAR est la mine d'or gratuite de la SEC. Chaque document déposé par une société cotée est accessible en quelques clics. Apprendre à les lire, c'est avoir le même niveau d'information que les analystes de Wall Street.
EDGAR (Electronic Data Gathering, Analysis, and Retrieval) est le système de la Securities and Exchange Commission (SEC) qui collecte, valide et publie tous les documents déposés par les sociétés cotées aux États-Unis. C'est 100% gratuit, accessible à tous, et mis à jour en temps réel.
Toute société cotée aux États-Unis est légalement obligée de déposer ses rapports financiers, ses changements matériels et ses transactions d'insiders sur EDGAR. C'est la loi (Securities Exchange Act de 1934). Cela signifie que vous avez accès aux mêmes informations que Goldman Sachs ou BlackRock. La différence n'est pas l'accès — c'est la capacité à lire et interpréter ces documents.
| Filing | Nom complet | Fréquence | Délai | Utilité |
|---|---|---|---|---|
| 10-K | Annual Report | 1x / an | 60-90 jours après fin exercice | Le plus important — vision complète |
| 10-Q | Quarterly Report | 3x / an (Q1, Q2, Q3) | 40-45 jours après fin trimestre | Update trimestriel — tendances récentes |
| 8-K | Current Report | Ad hoc | 4 jours ouvrés après l'événement | Alertes urgentes — événements matériels |
| DEF 14A | Proxy Statement | 1x / an | Avant l'assemblée générale | Rémunérations, gouvernance, votes |
Le 10-K est le document le plus important qu'une société publie. C'est un rapport exhaustif, audité par un cabinet indépendant, qui couvre absolument tout : états financiers, risques, stratégie, litiges en cours, et l'analyse du management (MD&A). Un 10-K typique fait entre 100 et 300 pages.
Le 8-K est déposé quand un événement matériel survient entre deux rapports trimestriels. C'est le filing le plus urgent — il doit être déposé dans les 4 jours ouvrés suivant l'événement. Les 8-K à surveiller de près :
Les entreprises déposent souvent les mauvaises nouvelles en 8-K le vendredi après la clôture (après 17h EST), quand l'attention des médias est minimale. C'est le "Friday night dump". Si vous voyez un 8-K déposé un vendredi soir, lisez-le en priorité — il y a de fortes chances que ce soit une mauvaise surprise (guidance revue à la baisse, départ du CFO, restructuration).
Les insiders (dirigeants, administrateurs, actionnaires à 10%+) et les institutionnels sont obligés de déclarer leurs transactions à la SEC. Ces déclarations sont publiques et constituent un des meilleurs signaux du marché.
| Formulaire | Qui dépose | Quand | Signal |
|---|---|---|---|
| Form 3 | Nouvel insider (director, officer, 10%+ holder) | Dans les 10 jours suivant la nomination | Déclaration initiale de position |
| Form 4 | Insiders existants | 2 jours ouvrés après la transaction | Le plus utile — achats/ventes en temps réel |
| Form 13D | Investisseur acquérant >5% d'une société | 10 jours après avoir franchi le seuil de 5% | Activist alert — intention de changement |
| Form 13G | Investisseur passif >5% | 45 jours après fin d'année | Position passive (pas d'intention activiste) |
| Form 13F | Gestionnaires >$100M d'actifs | 45 jours après fin de trimestre | Portfolio complet des hedge funds / fonds |
Le légendaire Peter Lynch résumait parfaitement : "Les insiders peuvent vendre pour des dizaines de raisons différentes, mais ils n'achètent que pour une seule : ils pensent que le prix va monter." En moyenne, les actions avec des achats significatifs d'insiders surperforment le marché de 7% sur 12 mois (étude de Lakonishok & Lee, 2001).
Chaque trimestre, les gestionnaires gérant plus de $100M doivent déclarer l'intégralité de leurs positions en actions US. C'est comme voir les cartes de Warren Buffett, Ray Dalio ou Bill Ackman — avec 45 jours de retard.
Le 13F ne montre que les positions longues en actions US. Il ne montre ni les shorts, ni les options (sauf si convertibles), ni les obligations, ni les positions internationales. Un hedge fund peut afficher une position longue massive sur TSLA dans son 13F tout en étant net short via des puts non déclarés. Le 13F est une photo partielle, pas le film complet.
Personne ne lit un 10-K de bout en bout — même les analystes de Wall Street. L'objectif est de savoir où chercher l'information pertinente et quels signaux surveiller.
C'est la section la plus importante. Les avocats listent tous les risques matériels. L'astuce : comparez les Risk Factors du dernier 10-K avec le précédent. Les nouveaux risques ajoutés sont des signaux avancés de problèmes. Si "cybersecurity breach" ou "material weakness in internal controls" apparaît pour la première fois, c'est un drapeau rouge.
Le Management Discussion & Analysis est la narration du management sur les résultats financiers. C'est ici que vous trouvez l'outlook, les explications sur les variations de revenus et de marges, et les tendances sectorielles. Cherchez les changements de ton par rapport au trimestre précédent.
Les notes aux états financiers sont l'endroit où se cachent les mauvaises surprises. Dettes hors bilan, litiges en cours, engagements de retraite, changements de méthode comptable, related party transactions... Le management les place en notes parce qu'il espère que personne ne les lira.
Bilan, compte de résultat, tableau de flux de trésorerie. Vérifiez les tendances sur 3 ans : revenus, marges brutes, cash from operations, dette nette. Un revenu qui monte mais un cash flow qui baisse est un signal d'alerte majeur.
Cherchez le terme "related party" dans le 10-K. Si la société fait des transactions significatives avec des entités contrôlées par ses dirigeants ou leurs familles, c'est un conflit d'intérêts potentiel. Exemples célèbres : Enron utilisait des SPE (Special Purpose Entities) gérées par son CFO pour cacher sa dette. WeWork louait des bâtiments appartenant à son CEO Adam Neumann. C'est un red flag classique.
La source officielle. Full-text search (efts.sec.gov). API XBRL pour les données structurées. Le plus complet mais interface austère.
Agrège toutes les Form 4. Filtres par cluster buying, taille de transaction, type d'insider. Interface claire et rapide. Gratuit.
Spécialisé 13F. Suivez les portefeuilles de Berkshire, Bridgewater, Renaissance Technologies, etc. Historique complet. Version gratuite limitée.
13F, insider transactions, short interest, institutional ownership, cost-to-borrow. Interface moderne. Partie gratuite généreuse.
Résumés IA de 10-K. Analyse automatique des Risk Factors, MD&A, et métriques clés. Idéal pour un premier survol rapide.
Outils IA émergents qui parsent les filings : ChatSEC, FinChat, AlphaSense (freemium). Posez des questions en langage naturel sur les 10-K.
Ces red flags ne signifient pas forcément fraude, mais ils justifient une enquête approfondie. Plus vous en trouvez simultanément, plus le risque est élevé.
Si une société change d'auditeur (surtout de Big 4 vers un petit cabinet), posez-vous la question : pourquoi ? L'ancien auditeur refusait-il de signer ? Item 4.01 du 8-K.
La société republier des états financiers corrigés. Cela signifie que les chiffres précédents étaient erronés. Cherchez "restatement" ou "material weakness".
L'auditeur exprime un doute sur la capacité de l'entreprise à continuer son activité dans les 12 prochains mois. Signal de détresse financière grave.
Le CFO est le gardien des chiffres. Son départ soudain, surtout "pour raisons personnelles" sans successeur nommé, est un signal d'alarme majeur.
Si le chiffre d'affaires monte mais le cash from operations baisse, l'entreprise pourrait reconnaître des revenus de manière agressive. Le cash ne ment pas.
Si le CEO, le CFO et plusieurs directeurs vendent massivement et simultanément (hors plan 10b5-1), ils savent quelque chose que vous ne savez pas.
Passage de LIFO à FIFO, changement de reconnaissance de revenus, modification d'amortissements... Souvent fait pour gonfler artificiellement les résultats.
Transactions avec des entités liées aux dirigeants qui augmentent. Signe potentiel de self-dealing et de mauvaise gouvernance.
La fraude de Wirecard ($1.9Mrd manquant) présentait tous les red flags classiques : auditeur EY qui ne vérifiait pas les comptes fiduciaires, CFO avec des connexions douteuses, revenus en forte hausse mais cash flow suspect, related party transactions opaques en Asie, et short sellers (Dan McCrum du FT) bloqués par la BaFin. Les données étaient publiques — il fallait juste savoir où regarder.