Sélectionner des titres conformes à la Shariah : filtres sectoriels, ratios financiers AAOIFI, outils de screening, analyse des GAFAM et purification pratique des dividendes.
Investir en bourse de manière conforme à la Shariah ne se résume pas à éviter les banques et l'alcool. C'est un processus méthodique en trois filtres successifs qui permet de passer de l'univers complet des actions cotées (environ 50 000 titres dans le monde) à un portefeuille conforme et purifié.
Ce processus est standardisé par les principaux organismes de certification islamique : AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions), le Shariah Advisory Council de la Securities Commission Malaysia, et les comités Shariah des grandes institutions comme S&P Dow Jones et MSCI.
En finance islamique, trois principes fondamentaux guident la sélection : l'interdiction du riba (intérêt usuraire), l'interdiction du gharar (incertitude excessive) et l'interdiction du maysir (jeu de hasard). Si vous n'avez pas lu la Partie 1 sur les fondements, nous vous recommandons de commencer par là.
Exclure les entreprises dont l'activité principale est haram : alcool, tabac, porc, jeux d'argent, pornographie, armes, banques conventionnelles.
Vérifier que les ratios de dette, de liquidités portant intérêt et de revenus haram respectent les seuils AAOIFI (< 33% ou < 5%).
Calculer et reverser en sadaqah la part des revenus provenant d'activités non conformes (souvent entre 1% et 5% des dividendes).
En pratique, le screening Shariah suit un entonnoir en 5 étapes :
Au final, environ 50 à 60% des actions du S&P 500 passent les filtres Shariah. L'univers investissable reste donc large et bien diversifié.
Bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin de faire ces calculs manuellement. Plusieurs applications et plateformes effectuent le screening Shariah automatiquement, en temps réel, pour des milliers d'actions.
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Attention : les résultats peuvent varier d'une plateforme à l'autre. Zoya utilise les standards AAOIFI, tandis que d'autres utilisent les critères DJIM (Dow Jones Islamic Market) ou MSCI. Les seuils sont légèrement différents. En cas de doute, suivez le standard AAOIFI, le plus conservateur et le plus largement accepté par les savants musulmans.
Le premier filtre est le plus intuitif : il s'agit d'exclure les entreprises dont l'activité principale est intrinsèquement contraire aux principes islamiques. Mais attention, la réalité est plus nuancée qu'un simple « halal ou haram ». Beaucoup d'entreprises se situent dans une zone grise qui nécessite une analyse au cas par cas.
Généralement halal. Les entreprises tech tirent leurs revenus de logiciels, cloud, semi-conducteurs, publicité en ligne. Exemples : AAPL, MSFT, GOOGL, NVDA, ASML. Attention toutefois aux services financiers intégrés (Apple Pay, Google Pay) qui restent marginaux dans le chiffre d'affaires.
Halal avec précautions. Pharmaceutique, biotech, équipements médicaux sont conformes. Exclure les producteurs d'alcool médical à usage récréatif. Les sociétés pharmaceutiques qui produisent des médicaments contenant de l'alcool à des fins thérapeutiques sont généralement acceptées par les savants.
Halal si ratios OK. Pétrole, gaz, énergies renouvelables sont des activités licites. Le principal risque est financier : les grandes sociétés pétrolières ont parfois des niveaux d'endettement élevés en raison de l'intensité capitalistique du secteur. Vérifier le ratio dette/capitalisation.
Généralement halal. Construction, aéronautique civile, transport, matériaux. Des entreprises comme Caterpillar, Airbus ou Siemens (hors services financiers) sont conformes. Vérifier que le segment défense ne domine pas le CA.
Conditionnel. Les REITs (fonds immobiliers cotés) sont problématiques car leur structure repose souvent sur de l'endettement conventionnel (hypothèques à intérêt). Quelques REITs Shariah-compliant existent, mais ils sont rares. Vérifier au cas par cas le mode de financement.
Au cas par cas. Exclure : producteurs d'alcool (Diageo, Pernod Ricard, AB InBev), tabac (Philip Morris, BAT), porc (Hormel, Tyson si segment porcin significatif). OK : alimentation halal, retail, luxe (hors alcool), automobile.
Nuancé. Les plateformes de streaming (Netflix, Disney+) diffusent du contenu varié incluant du haram. Mais elles ne le produisent pas exclusivement. Les éditeurs de jeux vidéo (hors gambling) sont généralement acceptés. Approche au cas par cas selon la proportion de contenu problématique.
Exclue. Banques conventionnelles (JPMorgan, Bank of America, BNP Paribas), assureurs conventionnels, sociétés de crédit. Le modèle économique repose entièrement sur le riba (intérêt). Exception : les banques et assurances islamiques (Al Rajhi Bank, Takaful).
Exclue. Casinos (Las Vegas Sands, MGM, Wynn), paris sportifs (Flutter Entertainment, DraftKings), loteries. L'ensemble du modèle économique repose sur le maysir (jeu de hasard), strictement interdit en Islam.
Exclue. Producteurs (Diageo, Pernod Ricard, AB InBev, Philip Morris, BAT) et distributeurs spécialisés. Le khamr (alcool) et les substances nocives volontaires sont interdits. Les supermarchés qui vendent de l'alcool accessoirement ne sont pas exclus si ce segment reste marginal (< 5%).
Débat, majorité exclut. Les fabricants d'armes de destruction massive sont unanimement exclus. Pour l'armement conventionnel (Lockheed Martin, Raytheon), la majorité des savants les exclut. Les sociétés de cybersécurité (CrowdStrike, Palo Alto) sont acceptées.
Les grandes entreprises diversifiées (Samsung, Berkshire Hathaway, Siemens) opèrent dans plusieurs secteurs. Ce n'est pas parce qu'un conglomérat a un segment conforme que l'ensemble est halal. Si les revenus haram dépassent 5% du chiffre d'affaires total, l'entreprise est exclue. C'est le rôle du filtre financier (section suivante) de quantifier précisément cette exposition.
Une entreprise peut opérer dans un secteur halal tout en ayant des pratiques financières non conformes. Le filtre financier vérifie que l'entreprise ne dépend pas excessivement de la dette à intérêt, ne détient pas trop de liquidités portant intérêt, et que ses revenus haram restent marginaux.
L'entreprise ne doit pas être trop endettée via des emprunts à intérêt conventionnels.
Cash + obligations + comptes rémunérés ne doivent pas dominer la valorisation.
Les revenus provenant d'activités non conformes doivent rester marginaux.
Critère AAOIFI supplémentaire. Limite la part des créances dans la valorisation.
Le seuil de 33% (un tiers) est directement inspiré d'un hadith du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) qui, interrogé sur le montant maximal qu'un homme pouvait léguer en charité, a répondu : « Le tiers, et le tiers c'est déjà beaucoup. » (Sahih Muslim, Kitab al-Wasiyya). Ce principe du tiers est devenu le seuil de tolérance standard en finance islamique : au-delà d'un tiers, la composante non conforme est considérée comme trop importante pour être tolérée.
Les trois principaux standards de screening diffèrent principalement par le dénominateur utilisé dans les ratios :
| Critère | AAOIFI | DJIM (Dow Jones) | MSCI Islamic |
|---|---|---|---|
| Dénominateur | Capitalisation boursière | Actifs totaux (moy. 24 mois) | Actifs totaux |
| Seuil dette | < 33% de la cap. | < 33% des actifs | < 33.33% des actifs |
| Seuil liquidités | < 33% de la cap. | < 33% des actifs | < 33.33% des actifs |
| Seuil revenus haram | < 5% | < 5% | < 5% |
| Comptes clients | < 49% de la cap. | < 49% des actifs | < 49% des actifs |
| Recommandé par | Majorité des savants | S&P Dow Jones | MSCI |
Prenons quatre entreprises et vérifions si elles passent les filtres financiers. Les données ci-dessous sont des estimations pédagogiques basées sur les rapports annuels.
| Critère | AAPL | MSFT | JPM | KO |
|---|---|---|---|---|
| Capitalisation | ~3 500 Md$ | ~3 100 Md$ | ~600 Md$ | ~260 Md$ |
| Dette totale | ~111 Md$ | ~59 Md$ | N/A (banque) | ~42 Md$ |
| Ratio dette/cap. | 3.2% | 1.9% | N/A | 16.2% |
| Seuil < 33% | PASS | PASS | EXCLU (banque) | PASS |
| Revenus haram | ~1.2% (Apple Card) | ~0.8% | 100% (intérêts) | ~0% |
| Seuil < 5% | PASS | PASS | FAIL | PASS |
| Verdict final | HALAL | HALAL | HARAM | HALAL |
JPMorgan Chase est exclu dès le filtre sectoriel (banque conventionnelle dont l'activité repose sur le riba). Même si l'on tentait d'appliquer le filtre financier, les revenus d'intérêts représentent la quasi-totalité de son chiffre d'affaires. C'est l'exemple le plus clair d'entreprise incompatible avec la finance islamique.
En revanche, Coca-Cola (KO) illustre un cas intéressant : bien que la marque soit associée au « capitalisme occidental », l'entreprise produit exclusivement des boissons non alcoolisées. Son ratio de dette est conforme et ses revenus sont halal. Coca-Cola est donc Shariah-compliant selon tous les standards.
Les GAFAM (Google, Apple, Meta, Amazon, Microsoft) représentent à elles seules plus de 25% du S&P 500. Pour tout investisseur musulman, la question est incontournable : peut-on investir dans ces géants technologiques ? Analysons chaque entreprise selon les critères AAOIFI.
Apple tire l'essentiel de ses revenus de la vente de matériel (iPhone, Mac, iPad, Watch) et de services (App Store, iCloud, Apple Music). L'Apple Card (carte de crédit via Goldman Sachs) génère des revenus d'intérêts, mais ils représentent moins de 1.5% du chiffre d'affaires total. Ce segment a d'ailleurs été progressivement réduit.
Verdict : Apple est considérée halal par Zoya, Musaffa et la majorité des comités Shariah. Purification nécessaire : environ 1.2% des dividendes à reverser en sadaqah.
Microsoft est un pilier de la tech : Azure (cloud), Office 365, LinkedIn, Xbox (gaming). Les revenus sont quasi intégralement issus de licences logicielles et de services cloud. Le ratio de dette est très bas grâce à une capitalisation massive et un cash-flow abondant. Le segment gaming (Xbox) ne pose pas de problème Shariah : ce sont des jeux vidéo, pas des jeux d'argent.
Verdict : Microsoft est halal selon tous les standards. Purification minimale (~0.8%). L'un des titres les plus « propres » du marché pour un investisseur musulman.
Alphabet tire ~80% de ses revenus de la publicité en ligne (Google Search, YouTube). Google Cloud représente un segment croissant. La publicité en elle-même n'est pas haram, mais Alphabet affiche des publicités pour des produits haram (alcool, jeux d'argent). Cette exposition est indirecte et reste sous le seuil de 5%.
Verdict : Halal avec un taux de purification légèrement plus élevé (~2%) en raison des revenus publicitaires indirects liés à des produits non conformes. YouTube contient du contenu problématique, mais Alphabet n'en est pas le producteur direct.
Amazon est le cas le plus complexe des GAFAM. AWS (cloud) est parfaitement halal et représente la majorité des profits. Le e-commerce vend de l'alcool dans certaines régions. Amazon Lending accorde des prêts à intérêt aux vendeurs tiers. Historiquement, le ratio de dette a fluctué lors de phases d'investissement massif (acquisitions, infrastructures).
Verdict : Conditionnel. Actuellement conforme sur le ratio de dette, mais les revenus haram approchent la limite de 5% (vente d'alcool, Amazon Lending). Certains comités Shariah l'incluent, d'autres non. À surveiller chaque trimestre — un basculement est possible.
Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) pose un problème unique : ses ratios financiers sont excellents (quasi aucune dette, revenus haram < 5%), mais le contenu sur ses plateformes inclut de la pornographie, des jeux d'argent et de la propagande. Meta n'est pas le producteur de ce contenu, mais sa plateforme le facilite et en tire profit via la publicité.
Verdict : Financièrement conforme, mais éthiquement débattu. Zoya et Musaffa la classent halal sur les ratios. Certains savants considèrent que faciliter l'accès à du contenu haram est en soi problématique (ta'awun 'ala al-ithm — coopération dans le péché). C'est une question d'ijtihad (effort d'interprétation) personnel. Consultez votre conseiller religieux.
Le statut Shariah d'une action n'est pas permanent. Les ratios financiers changent chaque trimestre avec les résultats publiés. Une entreprise halal aujourd'hui peut devenir non conforme demain si elle augmente massivement sa dette (ex : acquisition financée par emprunt). C'est pourquoi il est essentiel d'utiliser un outil comme Zoya ou Musaffa qui met à jour les statuts en temps réel et envoie des alertes de changement.
Voici une sélection de 20 actions populaires considérées conformes à la Shariah selon les standards AAOIFI, vérifiées via Zoya et Musaffa. Cette liste est indicative et non exhaustive — le statut peut évoluer avec les publications trimestrielles.
Cette liste ne constitue en aucun cas un conseil d'investissement. Les statuts Shariah sont basés sur les dernières données disponibles et peuvent changer à tout moment. Vérifiez toujours le statut actuel sur une application de screening certifiée avant d'investir.
| Ticker | Nom | Secteur | Ratio dette | Statut |
|---|---|---|---|---|
| AAPL | Apple Inc. | Technologie | ~3.2% | HALAL |
| MSFT | Microsoft Corp. | Technologie | ~1.9% | HALAL |
| GOOGL | Alphabet Inc. | Technologie | ~0.7% | HALAL |
| NVDA | NVIDIA Corp. | Semi-conducteurs | ~1.1% | HALAL |
| TSLA | Tesla Inc. | Automobile / Énergie | ~1.5% | HALAL |
| ASML | ASML Holding | Semi-conducteurs | ~2.4% | HALAL |
| NOVO-B | Novo Nordisk | Santé / Pharma | ~3.8% | HALAL |
| TM | Toyota Motor Corp. | Automobile | ~18% | HALAL |
| 005930.KS | Samsung Electronics | Technologie | ~2.1% | HALAL |
| AVGO | Broadcom Inc. | Semi-conducteurs | ~12% | HALAL |
| JNJ | Johnson & Johnson | Santé | ~5.8% | HALAL |
| PG | Procter & Gamble | Consommation | ~7.2% | HALAL |
| UNH | UnitedHealth Group | Santé / Assurance | ~8.5% | HALAL |
| CRM | Salesforce Inc. | Technologie / SaaS | ~2.8% | HALAL |
| ADBE | Adobe Inc. | Technologie / SaaS | ~1.4% | HALAL |
| KO | Coca-Cola Co. | Consommation | ~16.2% | HALAL |
| PEP | PepsiCo Inc. | Consommation | ~18.5% | HALAL |
| NKE | Nike Inc. | Consommation / Sport | ~5.1% | HALAL |
| LLY | Eli Lilly & Co. | Santé / Pharma | ~2.9% | HALAL |
| SAP | SAP SE | Technologie / ERP | ~4.3% | HALAL |
Cette liste couvre volontairement plusieurs secteurs (tech, santé, consommation, automobile, semi-conducteurs) et plusieurs géographies (USA, Europe, Japon, Corée du Sud). La diversification reste un principe fondamental de gestion de portefeuille, y compris en finance islamique. Ne concentrez pas tout sur la tech américaine, aussi attrayante soit-elle.
Cette liste se concentre sur les large caps bien documentées. Mais l'univers halal inclut aussi de nombreuses mid caps et small caps souvent plus conformes car moins endettées et plus spécialisées. Des applications comme Musaffa couvrent plus de 30 000 titres mondiaux. L'exploration des small caps halal est une piste sous-exploitée qui peut offrir des rendements supérieurs.
Même lorsqu'une action est classée halal, il est probable qu'une petite fraction de ses revenus provienne d'activités non conformes (intérêts bancaires sur le cash, vente marginale d'alcool, publicité pour des produits haram). Le processus de purification consiste à calculer cette fraction et à la reverser en sadaqah (charité).
Ce n'est pas une « taxe » ni une punition. C'est un acte de purification spirituelle (tazkiyah) qui permet à l'investisseur de bénéficier de ses gains tout en s'assurant qu'aucun revenu illicite ne reste dans son patrimoine.
Le débat existe parmi les savants. La position majoritaire est que seuls les dividendes doivent être purifiés, car ils représentent directement une part des bénéfices de l'entreprise. Les plus-values (gain en capital à la revente) sont considérées comme le fruit de l'offre et la demande du marché, pas directement liées aux revenus haram de l'entreprise. Toutefois, certains savants plus conservateurs recommandent de purifier aussi les plus-values au même taux. Consultez votre référent religieux pour votre situation personnelle.
Les applications modernes simplifient considérablement ce processus :
La purification n'est pas une zakat (aumône obligatoire). C'est une sadaqah (charité volontaire) qui vise à « nettoyer » vos revenus. Vous ne pouvez pas la comptabiliser dans votre zakat annuelle — ce sont deux obligations distinctes. Les destinataires recommandés :
Financement de programmes éducatifs, entretien, cours de Coran
Organisations certifiées (Islamic Relief, Muslim Aid, Secours Islamique France)
Bourses d'études, écoles coraniques, alphabétisation
Hôpitaux, médicaments pour les nécessiteux, aide médicale
Pour simplifier, arrondissez toujours au dollar supérieur. Si le calcul donne $1.15, reversez $2. La sadaqah est toujours récompensée, et arrondir vous évite de chipoter sur des centimes. Certains investisseurs préfèrent faire un versement unique annuel, d'autres trimestriellement à chaque encaissement de dividende. Les deux approches sont valides.
Le screening Shariah réserve parfois des surprises. Des entreprises que l'on penserait haram sont en fait conformes, et inversement. Voici les cas les plus fréquents qui piègent les investisseurs musulmans débutants — et même les plus expérimentés.
Elon Musk est controversé sur les réseaux sociaux, mais cela n'a aucun impact sur le statut Shariah de Tesla. L'entreprise fabrique des véhicules électriques et des panneaux solaires — des activités parfaitement halal. Son ratio de dette est très bas (~1.5%), ses revenus haram sont négligeables. Le fait que le CEO soit polémique ne rend pas l'action haram. La Shariah évalue l'entreprise et ses activités, pas la personnalité de son dirigeant.
Nestlé est souvent perçue comme une entreprise « alimentaire halal » (KitKat, Nescafé, eau minérale). Mais le groupe suisse a historiquement détenu des participations dans des marques impliquant l'alcool et des joint-ventures problématiques. Les revenus haram peuvent fluctuer autour de 3-5% selon les années et les restructurations. Vérifiez toujours le statut actuel sur Zoya — le statut a basculé plusieurs fois ces dernières années.
J&J opérait historiquement dans trois segments : pharmaceutique, dispositifs médicaux et consumer health. Les anciens produits « consumer health » contenaient de l'alcool (Listerine notamment). Mais depuis la séparation de Kenvue (KVUE) en 2023, J&J s'est recentré sur la pharma et les dispositifs médicaux, des activités parfaitement halal. Les spin-offs et restructurations peuvent radicalement changer le statut Shariah d'une entreprise.
Les sociétés chinoises posent un problème de transparence comptable. Alibaba opère via des structures VIE (Variable Interest Entity) opaques. Ant Financial (fintech) a un segment de prêts à intérêt significatif. La comptabilité chinoise est moins détaillée que les normes US GAAP ou IFRS, rendant les ratios difficiles à vérifier avec certitude. En cas de doute, le principe de précaution (wara') s'applique. La majorité des comités Shariah classent Alibaba comme non conforme ou « à surveiller ».
Beaucoup de musulmans confondent jeux vidéo (gaming) et jeux d'argent (gambling). Nintendo fabrique des jeux vidéo familiaux (Mario, Zelda, Pokémon) — c'est du divertissement licite, pas du maysir. L'entreprise n'a quasiment aucune dette et zéro revenu lié au gambling. Nintendo est halal. Même logique pour Sony (segment PlayStation) et Take-Two Interactive.
LVMH possède Moët & Chandon, Hennessy, Dom Pérignon — des marques d'alcool qui représentent environ 10-15% du chiffre d'affaires total du groupe. Malgré ses segments Mode (Louis Vuitton, Dior) et Parfums parfaitement conformes, le segment Vins & Spiritueux disqualifie LVMH. Le ratio de revenus haram dépasse largement le seuil de 5%. Même constat pour Kering (Gucci) qui a des participations dans des activités non conformes.
Ne vous fiez jamais à votre intuition seule pour déterminer si une action est halal. Utilisez toujours un outil de screening certifié. Les cas ci-dessus démontrent que l'apparence est trompeuse dans les deux sens : des entreprises « évidemment halal » peuvent cacher des revenus haram, et des entreprises « suspectes » peuvent être parfaitement conformes sur les ratios.
Six questions pour vérifier que vous maîtrisez les fondamentaux du screening Shariah. Cliquez sur chaque question pour révéler la réponse.
Disclaimer : Ce contenu est strictement éducatif et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation d'achat ou de vente, ni une fatwa (avis juridique islamique). Les statuts Shariah mentionnés sont basés sur les données disponibles à la date de publication et peuvent avoir changé depuis. Les ratios financiers présentés sont des estimations pédagogiques et ne remplacent pas une vérification sur une plateforme de screening certifiée. Consultez toujours un conseiller financier agréé et un savant qualifié en fiqh al-mu'amalat (jurisprudence des transactions) avant toute décision d'investissement. Les performances passées ne garantissent pas les performances futures. Market Watch décline toute responsabilité en cas de pertes financières.